En septembre 2020, une équipe d’archéologues égyptiens a commencé à creuser près de Louxor. Leur objectif était de retrouver le temple funéraire du jeune roi Toutânkhamon (opens in new tab). Ils ont plutôt fait une découverte inattendue. Quelques semaines seulement après le début des fouilles, ils ont mis au jour des murs de briques crues qui s’étendaient dans toutes les directions. Plutôt qu’un temple ou une tombe, ils ont découvert une cité entière, remarquablement bien conservée, comme si ses habitants venaient tout juste de sortir un instant sans jamais revenir.
Le 8 avril 2021, cette découverte a été officiellement annoncée. Betsy Bryan, professeure d’égyptologie à l’université Johns Hopkins, l’a qualifiée de deuxième découverte archéologique la plus importante en Égypte depuis la découverte de la tombe de Toutânkhamon en 1922 (opens in new tab). Cette comparaison a choqué la communauté universitaire, et à juste titre. Ce n’était pas une simple découverte ; c’était une révélation majeure.
Qu’est-ce que la Cité Dorée Perdue au juste ?
La cité, appelée Aton, est située sur la rive ouest du Nil, dans la Nécropole thébaine (opens in new tab), près de l’actuelle Louxor. Elle fut fondée sous le règne d’Amenhotep III (opens in new tab), puissant souverain de l’Égypte antique, qui régna d’environ 1386 à 1353 av. J.-C. Cette période est considérée par les historiens comme l’apogée de la puissance et de la richesse de l’Égypte.
Des archives, notamment des inscriptions sur des couvercles en argile de vases à vin, montrent que l’agglomération comptait trois palais royaux pour le roi Amenhotep III. Elle servait également de centre administratif et industriel de l’empire. Ce n’était pas un simple petit village ; c’était le cœur économique de la civilisation la plus puissante du monde antique, resté caché sous le sable pendant très longtemps.
Figée dans le temps : ce que les archéologues ont découvert
La chose la plus remarquable à propos de la Cité Dorée Perdue n’est pas sa taille, mais son état de conservation. Salima Ikram, archéologue à l’Université américaine du Caire, l’a décrite comme « un instantané figé dans le temps — une version égyptienne de Pompéi ». Cette comparaison est justifiée car, comme Pompéi, Aton semble avoir été abandonnée en pleine prospérité, laissant la vie quotidienne préservée telle qu’elle était.
Les archéologues ont découvert des maisons remplies d’objets du quotidien tels que des vases en céramique, des poupées d’enfants et des pièces de jeu en calcaire. Ils ont également découvert des boulangeries, des cuisines et d’autres espaces liés à la préparation des aliments. L’une des découvertes notables fut un récipient contenant plus de 20 livres de viande séchée, préparée par un boucher nommé Louy. Ce détail, le nom d’un boucher préservé depuis 34 siècles, nous relie aux personnes qui vivaient là.
La cité est divisée en différentes zones fonctionnelles. Dans la partie sud, l’équipe a découvert une boulangerie et un espace de cuisson avec des fours et des poteries de stockage, indiquant qu’elle servait de nombreux ouvriers. La deuxième zone, encore partiellement dégagée, comprend des espaces administratifs et résidentiels, avec des unités plus grandes et bien organisées, entourées d’un mur en zigzag. Ce mur, courant sous le règne d’Amenhotep III, a aidé les archéologues à dater la cité et son bâtisseur. Ils ont trouvé des briques d’argile portant le nom du pharaon, ainsi que des bagues, des scarabées (opens in new tab), et de la poterie colorée, qui ont confirmé davantage l’ancienneté de la cité.
Certains mystères restent non résolus, comme une sépulture inhabituelle où une personne a été retrouvée les bras tendus et une corde autour des genoux. Les archéologues étudient encore ce détail. On ignore s’il s’agissait d’un rituel, d’une punition, ou d’autre chose. Cette question continue d’intriguer les archéologues et suscite l’intérêt du public.
Le grand mystère : pourquoi la cité a-t-elle été abandonnée ?
Il y a trois mille quatre cents ans, un roi égyptien nommé Akhenaton (opens in new tab) a fait un geste audacieux. Il a abandonné son nom, sa religion et sa capitale à Thèbes. Akhenaton fit construire une nouvelle cité appelée Akhetaton, où il régna avec son épouse Néfertiti (opens in new tab) et vénéra le dieu solaire Aton. Après sa mort, son jeune fils Toutânkhamon lui succéda et rejeta les idées de son père.
Akhenaton naquit sous le nom d’Amenhotep IV, fils du roi qui bâtit la Cité Dorée Perdue. Durant son règne de 17 ans, il transforma radicalement la culture égyptienne. Il se concentra sur un seul dieu, Aton, et cessa de vénérer les dieux traditionnels égyptiens. Il changea son nom en Akhenaton, signifiant « dévoué à Aton », et transféra la cour royale à Akhetaton, une cité que nous appelons aujourd’hui Amarna.
Cela a des implications importantes pour la Cité Dorée Perdue. Lorsqu’Akhenaton s’installa au nord, il laissa derrière lui toute la cité bâtie par son père, avec ses ateliers et ses quartiers. Une inscription trouvée sur le site date de 1337 av. J.-C., ce qui correspond au règne d’Akhenaton. Il transféra probablement sa capitale à Akhetaton l’année suivante. La cité fut brièvement réutilisée sous Toutânkhamon, mais fut bientôt recouverte par les sables du désert et resta cachée pendant plus de trois mille ans.
On ignore toujours pourquoi Akhenaton a rompu si radicalement avec l’héritage de son père. Betsy Bryan suggère que l’étude de la cité ne répondra peut-être pas à toutes nos questions, mais pourrait nous en apprendre davantage sur Amenhotep III et Akhenaton, et sur les choix de vie qu’ils ont faits. Parfois, les plus grandes découvertes suscitent plus de questions qu’elles n’apportent de réponses claires.
Pourquoi cette découverte compte au-delà des gros titres
La Cité Dorée Perdue n’est pas seulement un titre accrocheur — elle revêt une importance profonde. Cette cité est la plus grande cité antique découverte en Égypte et fut la plus grande agglomération administrative et industrielle de son époque. Seul un tiers environ du site a été fouillé à ce jour, si bien que la plupart de ses secrets restent enfouis sous terre.
Ce site offre un aperçu rare de la vie quotidienne des gens ordinaires à l’apogée de l’empire égyptien. La plupart des grandes découvertes, comme la tombe de Toutânkhamon et les temples de Karnak (opens in new tab) et de Louxor (opens in new tab), se concentrent sur le divin et les morts. À l’inverse, la Cité Dorée Perdue nous montre la vie des gens ordinaires — boulangers, bouchers, bijoutiers, et enfants jouant avec des poupées d’argile dans des rues enfouies depuis l’âge du bronze.
Cette découverte offre non seulement un regard unique sur les anciens Égyptiens à l’époque la plus prospère de l’empire, mais pourrait aussi aider à résoudre l’un des mystères de l’histoire : pourquoi Akhenaton et Néfertiti ont-ils déménagé à Amarna ? Les trésors enfouis à Louxor révèlent une civilisation florissante et offrent des indices sur un moment critique de l’histoire.
L’histoire est loin d’être terminée
Les fouilles de la Cité Dorée Perdue se poursuivent, et chaque saison révèle de nouvelles découvertes. Le ministère égyptien du Tourisme et des Antiquités prévoit de développer le site pour en faire une destination patrimoniale majeure, ce qui pourrait en faire l’un des sites archéologiques les plus visités au monde. Pendant ce temps, les chercheurs cartographient, documentent et préservent ce qui reste. Ce travail pourrait prendre des décennies, tant il reste à découvrir sous la surface.
La Cité Dorée Perdue est bien plus qu’une simple découverte archéologique. Elle nous rappelle que le passé demeure pertinent. Sous nos pieds, des civilisations anciennes attendent de raconter leur histoire. Lorsqu’elles le font, elles nous aident à comprendre qui nous sommes, d’où nous venons, et tout ce qu’il nous reste à apprendre.