Un escalier abrupt d’une trentaine de marches descend dans la falaise au-dessus de Deir el-Médineh, menant à une chambre fraîche dont les murs rayonnent de couleurs. Au fond de la chambre funéraire, un homme s’agenouille sous un palmier-doum au bord d’un bassin immobile — il y boit de sa main, nous expliquent les hiéroglyphes, dans la paix de l’au-delà. Les ondulations de l’eau sont peintes avec l’assurance de quelqu’un qui savait exactement ce qu’il faisait.
L’homme qui a peint cette scène s’appelait Pacha. L’homme qui y est représenté s’appelle aussi Pacha. Il était l’un des maîtres artisans de Deir el-Médineh — le village fortifié sur la Rive Ouest de Louxor où vivaient les artisans qui construisirent et décorèrent les tombes royales de la Vallée des Rois pendant près de 500 ans. Son propre tombeau est, d’une certaine manière, son œuvre la plus accomplie.
Qui était Pacha ?
Pacha vécut à l’époque ramesside, travaillant sous les pharaons Séthi Ier et Ramsès II, au cours de la XIXe Dynastie. Son titre officiel était « Serviteur dans la Place de Vérité » — la désignation formelle des artisans de Deir el-Médineh, ces hommes qui connaissaient l’emplacement et les secrets des tombes royales.
Il débuta comme tailleur de pierre et s’éleva jusqu’au rang de contremaître — une position exigeant à la fois une expertise technique et la confiance de la communauté. Son épouse, Nedjem-Behdet, apparaît tout au long des peintures du tombeau, vêtue à la mode de l’époque : longue perruque, grandes boucles d’oreilles et cône de parfum — représentée avec le même soin que celui que les collègues de Pacha apportaient aux portraits royaux. Leurs enfants, dont Menna et Kaha, figurent dans les scènes d’offrandes familiales sur le mur nord.
Remarque : l’un des enfants de Pacha porte le même prénom que son grand-père, Menna — une pratique courante en Égypte ancienne consistant à donner aux enfants le nom de leurs grands-parents ou de leurs ancêtres, et non une source de confusion que le tombeau lui-même laisse irrésolue.
Architecture de TT3
La disposition du tombeau est compacte mais bien conçue :
- Escalier d’entrée : environ 29 à 30 marches taillées dans le rocher, descendant depuis l’entrée dans la falaise
- Première chambre : modeste en taille, avec des images symboliques sur les murs
- Court couloir voûté : flanqué de divinités protectrices de chaque côté
- Chambre funéraire : l’espace principal peint, au plafond voûté typique des tombes artisanales de Deir el-Médineh, mais d’une exécution particulièrement soignée
Le plafond voûté est orné de divinités protectrices — elles semblent veiller sur l’espace depuis le haut, un choix de composition qui confère à la chambre un sentiment inhabituel d’enclosure et de protection.
Les peintures : ce qu’il faut observer
L’entrée
De part et d’autre de la porte d’entrée, Anubis apparaît sous sa forme de chacal, assis sur un sanctuaire et tenant un fléau. Au-dessus de la porte, Ptah-Sokar-Osiris — une divinité composite en forme de faucon — déploie ses ailes peintes sous l’œil oudjat protecteur (l’Œil d’Horus), symbole de guérison, d’intégrité et de protection divine. Cette disposition à l’entrée est une formule standard de la période ramesside, mais les artisans de Pacha l’ont exécutée avec une précision inhabituellement grande.
La scène du palmier-doum (Chambre funéraire, mur sud)
La peinture pour laquelle TT3 est le plus célèbre : Pacha agenouillé sous un palmier-doum au bord d’un bassin calme et réfléchissant, y buvant de sa main. Cette scène provient directement du Chapitre 62 du Livre des Morts — un sort pour avoir de l’eau dans l’au-delà. La composition est techniquement accomplie — les frondes du palmier sont peintes avec une précision botanique, la surface de l’eau fait apparaître des rides, et la figure de Pacha est proportionnée avec le soin de quelqu’un qui a consacré sa vie professionnelle à peindre exactement ce type de figure.
C’est une scène de paix absolue, ce qui est précisément sa raison d’être.
Le mur du fond
Osiris-Onnophris, souverain des morts, trône dans le décor de la Montagne de l’Ouest — la falaise calcaire qui abrite la Vallée des Rois, visible depuis Deir el-Médineh lorsqu’on se tient dans le village aujourd’hui. Une petite figure de Pacha s’agenouille en signe de révérence devant lui. À proximité, une inscription hiéroglyphique offre un sort pour « allumer une lampe pour Osiris » — un acte rituel de dévotion que Pacha est littéralement en train d’accomplir en peinture.
Le mur nord
Pacha et Nedjem-Behdet sont assis devant une table d’offrandes, leurs enfants se tenant près d’eux. Le portrait de Nedjem-Behdet est l’une des représentations familiales les plus soigneusement rendues du corpus de Deir el-Médineh — sa posture, ses vêtements et ses accessoires sont peints avec un soin affectueux.
Scènes de barques
Le voyage spirituel de Pacha vers Abydos — la ville sacrée d’Osiris, destination de tout pèlerinage pieux de l’Égypte ancienne — est représenté dans des scènes de barques le long des murs. Ces images relient son tombeau à la géographie plus large de la vie religieuse égyptienne.
Informations pratiques
TT3 se trouve dans le site de Deir el-Médineh et est couvert par le billet d’entrée du site.
| Billets | 220 EGP (adulte étranger) / 110 EGP (étudiant étranger) — entrée du site de Deir el-Médineh |
|---|---|
| Horaires | 6h00 – 17h00 |
| Photographie | Flash interdit pour protéger les pigments ; se renseigner sur les règles de photographie personnelle à l’entrée |
| Durée recommandée | 30 à 45 minutes pour TT3 ; prévoir 90 minutes pour Deir el-Médineh en incluant les vestiges du village |
| Accès | Rive Ouest, à environ 6 km du débarcadère du ferry ; taxi ou vélo depuis l’embarcadère |
Visites combinées
TT3 s’inscrit dans le complexe de Deir el-Médineh, qui comprend également les vestiges du village ouvrier, d’autres tombes d’artisans (dont TT1, le Tombeau de Sennedjhem, avec ses vivantes scènes de moisson), ainsi qu’un temple ptolémaïque. Deir el-Médineh se prête naturellement à une demi-journée de visite, ou peut être associé aux proches Médinet Habou et au Ramesséum pour une journée complète sur la Rive Ouest.
Pour en savoir plus sur la communauté à laquelle appartenait Pacha, l’article sur les Artisans de l’Égypte ancienne traite de l’histoire sociale de Deir el-Médineh, de la grève ouvrière de 1155 av. J.-C. et des traditions artisanales que ces familles ont maintenues de génération en génération.